Je suis Paris

Je n'avais pas spécialement envie de m'exprimer, de peur de ne pas trouver les mots. Et puis, je me suis répété "La vie, c'est maintenant", alors parlons-en.

Les attentats qui ont eu lieu vendredi 13 novembre dernier à Paris ont tué à ce jour 129 personnes et en ont blessé 352 autres. Un événement sans précédent à Paris, après une année 2015 parsemée de tentatives et d'attentats.


J'étais sur Paris ce 13 novembre, comme des millions de personnes, habitants, travailleurs, fêtards ou touristes. 

Il était 21 heures, j'ai rejoint mon amie à un restaurant à Montparnasse. Elle a reçu un sms lui parlant de la fusillade. Les yeux rivés sur nos applications pour avoir plus de renseignements, nous avons appris qu'effectivement, une fusillade était en court au Petit Cambodge. Un peu troublées, nous avons tout de même continué le repas, comme si de rien n'était, pensant qu'il s'agissait juste de tirs sans blessé.

Avant d'apprendre qu'il y avait 10 morts, que les attaques étaient à différents endroits de Paris, et qu'elle reçoive un appel pour lui indiquer que des connaissances à elle étaient au Carillon. Que faire quand on ne sait pas où vont surgir les nouvelles attaques et quand on est à côté du deuxième bâtiment le plus haut de Paris ? Nous avions peur, les larmes aux yeux, nous tremblions.

Éjectées du restaurant, nous sommes entrées dans le premier bar sur notre route, où les autres personnes ne semblaient pas se rendre compte de l'ampleur de l'événement. J'avais envie qu'ils arrêtent tous de boire, de fêter, de rire. Des rumeurs d'attaque dans tous les quartiers de Paris nous arrivent : "ils sont à Tour Eiffel", "ils sont aux Halles". En somme : ils approchent et peuvent être déjà ici. C'était faux, mais comment pouvions-nous le savoir ? La boule au ventre, nous tremblions en ne sachant que faire.

120 morts au compteur. Nous ne voulions pas être là, nous tremblions. Nous recevions des appels et des sms de tous nos proches, que nous tentions de rassurer. Nous avons finalement rencontré par miracle une connaissance qui nous a amenées à l'appartement d'un ami. Sur le trajet, la boule au ventre. Nous regardions à la télé les infos, le cœur serré. Nous avons réussi à nous détendre un peu en apprenant que les attaques étaient terminées, à nous dire que nous allions attendre quelques heures avant de rentrer toutes les deux. Ce que nous avons fait. Au réveil, nous rafraîchissions les sites d'information et notre fil Twitter de manière systématique. Et nous avons vu ces décès annoncés. Ces centaines de personnes recherchées. Ces hommages du monde entier. 

Cette nuit-là, j'ai eu peur pour ma vie, pour la vie de mes proches. Et je suis terriblement attristée pour toutes ces victimes et leurs proches.

L'état islamique a revendiqué ces attaques, en stipulant que Paris est une capitale de "perversité". Et ça fait chaud au cœur de lire le New York Times après ces menaces : " La France incarne tout ce que les fanatiques religieux du monde détestent : profiter de la vie sur terre par une multitude de petites voies : une tasse parfumée de café avec un croissant au beurre le matin, de belles femmes en robes courtes souriant librement dans la rue, l'odeur du pain chaud, une bouteille de vin partagée avec des amis, un peu de parfum, des enfants qui jouent dans le jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en un quelconque Dieu, ne pas s'inquiéter des calories, flirter, fumer et avoir une sexualité sans être forcément marié, prendre des vacances, pouvoir lire n'importe quel livre, aller à l'école gratuitement, jouer, rire, revendiquer, se moquer des prêtres comme des politiciens, laisser l'inquiétude sur l'après-vie aux morts. Aucun pays ne vit sur terre mieux que les Français."

La violence n'est pas un moyen d'expression. N'ayons pas peur, ne faisons pas d'amalgame, soyons unis quels que soient nos couleurs de peau, nos origines, nos opinions politiques ou religieuses. Dansons, rions, chantons, buvons, faisons l'amour, profitons de chaque instant

CONVERSATION

2 petits mots:

  1. Coucou,

    Je n'avais pas pensé que tu l'ais vécu de si proche, d'autant plus heureux que tu n'ai rien et j'espère que ça ne sera pas trop traumatisant pour la suite. Comme tu le dis, il faut réussir à aller de l'avant. Aussi, relativiser, non pas relativiser le bilan qui est atroce mais relativiser l'avenir en se disant que c'est une fuite en avant et un combat dont le résultat ne peut être qu'en autre faveur à long terme.

    Histoire de mettre un peu de gaieté et pour rejoindre la citation du New YorkYork Time, il y a ce tweet de Maître Eolas qui m'a fait sourire :

    "Daesh qualifie dans son communiqué Paris de "la capitale des abominations et de la perversion". La flatterie ne les mènera nulle part.".

    Sur ce, je m'en vais boire comme un trou en faisant l'amour dans mon abominable perversion de Parigo !

    Biz

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